La Ferme de Koenisgberg
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Les origines du nom de Koengisberg

La ferme de Konigsberg

Koenigsberg une « montagne royale »? Le langage populaire, le dialecte local (Platt) vient une nouvelle fois à notre secours et traduit l'endroit et nomme par Kinsbuerg ou kinsbuergerhaff, la ferme de Koenisgberg.

La racine ancienne kin est proche des noms des célèbres villes de Quincy et Quincey signifiant royal, comme King ou Queen en anglais; le s signifie un génitif germanique. Kin proche de Gins signifie toujours dans le langage local "genêts", symboles des chefs et des rois celtes. Les locuteurs précisent bien Kinsbuerg et non Kinsberg. Ceci est important et vient contredire l'appellation de Koenigsberg, la Montagne Royale. En effet Buerg vient de l’allemand Burg et ne signifie non pas colline ni montagne, mais domaine. Le terme kinsbuerch très ramassé dans sa prononciation est caractéristique d'un génitif. En revanche on prononcera Aleberch, Alebierg ou Aleberg pour l’Altenberg. Cette différence, imperceptible aux oreilles peu familières à nos langages germaniques ou locaux, est capitale. Elle différencie nettement le domaine de la hauteur.

Les dénominations successives de la ferme

L'évolution des appellations se révèle intéressante. On relève:

Avant 894 Asnaga
894 Chunis Bierch. Confirmé par Monsieur Alain Simmer. En l’an 894 son appellation originale Asnaga est abandonnée, comme le rapportent les écrits de l’époque : 

« in loco qui dicitur Asnaga nunc Chuni-berch » (lieu appelé à présent Chuni–Berch). 

Cette modification est signalée dans divers ouvrages.
Selon leurs auteurs, cette vieille appellation aurait ses origines dans le latin *Asinäca. On ne peut qu’admettre qu’antérieurement Koenigsberg se nommait Asinaga et ce mot semble provenir du latin « romanisé » asnaga ou asnago, du radical anisa ou asna, c’est à dire âne. Et l’on retrouve ce radical latin asina ou asinus dans bien d’autres localités, telle Asnières, près de Paris, et encore dans le Midi de la France au Puy d’Asniac, notamment, une hauteur du Sud de la France. Ces monticules, ressemblent fortement à l’Altenberg, par sa forme et leurs noms signifient dos d’âne ou éperon rocheux. En effet le domaine de Koengisberg, situé à un endroit de la colline de l’Altenberg, rappelle d’une façon générale un dos d’âne ou un éperon rocheux par endroit dans la Vallée de Montenach. Ceci peut être vérifié également au Nord et à l’Est de la colline. La manière charmante de définir le nom de l'Altenberg conviendrait certainement à définir le nom du massif du Hunsrück qui signifie le dos du chien! Or pour la Ferme de Koengisberg il faut oublier ce rapprochement avec l'âne.
Monsieur Alain Simmer, éminent linguiste et archéologue de notre région, dans son ouvrage «  L’Origine de la Frontière linguistique en Lorraine », édité par Fensch Vallée, nous parle également de Koenigsberg. Il nous confirme le changement de nom du lieu-dit de l’Altenberg qui nous intéresse dans divers cadres relatifs. L'auteur cite page 167: 


La Lorraine terre de colonisation carolingienne,: « Quant à Koenigsberg, l’assimilation de Chuni avec Kuni (Royal) est tentante; cependant la forme romane Conemonte ramène plutôt à la racine celtique cunos soit montagne (Kinsberg dans un acte de 1277), qui cadre nettement mieux avec la situation en hauteur de l’endroit plutôt qu’avec une hypothétique épithète royale… Elément supplémentaire en faveur de l’ancienneté du toponyme: la tautologie du nom, processus très fréquent pour les désignations de montagnes, berch/monte traduisant cuni, terme qui à l’évidence, n’était plus compris depuis longtemps. On serait donc, dans ce cas, en présence d’un superbe exemple de germanisation avec retour aux valeurs ancestrales de l’époque celtique.» 


Et enfin, page 243, chapitre «Les racines du bilinguisme antique» 

«N’a-t-on pas pour preuve une confirmation écrite de ce trilinguisme avec cet acte de 9ième siècle, où se côtoyent Chunisberg et Conemonte (Konigsberg, près de Sierck), transposition latine d’une base celtique germanisée ensuite ? »(1)

Les remarques de Monsieur Alain Simmer témoignent des changements politiques qui s’opèrent alors en Lotharingie ou dans le Saint Empire et notamment dans nos régions. Il est vrai qu’un semblant, non pas de retour du celtisme, mais plutôt de prise de conscience de sa survivance dans nos contrées rhénanes. Nous le verrons plus tard quand Saint Bernard de Clairvaux, missionné par le pape se chargera de raviver la lutte contre le druidisme toujours actif. Mais continuons notre la liste des différentes appellation de la ferme.804 Cahiers lorrains 1928. Kanigsberg, arrond. de Sierck, Couemonte in Comitatu Moslensi.

  894 Conemonte Archives archevêché de Trèves(2)
1171 Cunisbert Archives Archevêché de Trèves
1266 Cunisperch Chanoine Dicop (dans ses  Cahiers Lorrains 197o
1238 Cunisberg Archives archevêché de Trèves
1277 Kunsberg Archives archevêché de Trèves
1415 Konisberg Chanoine Dicop ‘dans ses Cahiers Lorrains 1971
1696 Koenisberg Chanoine Dicop toujours « dans ses Cahiers Lorrains 1971
1696 Koenigsburg Chanoine Dicop également  (Cahiers Lorrains 1971)
1705 Künsberg dans les mémoire du Maréchal de Villars
1783 Konigsberg Chanoine Dicop (Cahiers Lorrains 197&

On note en 894 une rupture de sa dénomination passant d'Asnaga à Cunis  ou Chunis, puis dès 1414 de Cunis à Kunsberg à Koenigsberg, sachant que le langage populaire se maintient fidèlement à Kinsbuerg le domaine royal (Koenigsberg).
Le dictionnaire Gaffiot (latin-français) traduit Chuni par « tribu hunnique ». Chunis, par son s final révèle le génitif. Ainsi Chunisbierch serait-ce la colline des Huns ? Ceci nous intrigue encore plus, sachant que la variante est Conemonte. Celle-ci, en ce qui concerne le préfixe Cone, et selon le même dictionnaire Gaffiot, signifierait « peuple d’Asie ». C’est encore plus troublant et nous sommes loin, en apparence, de ce « Mont Royal » pour Koenigsberg, que tant ont cherché vainement à justifier. La réponse à cette intrigue se trouve peut-être dans l’histoire du Moyen-Âge de notre région. 
Angelrame, évêque de Metz, grand aumônier de la chapelle du Roi Pépin, accompagne sa majesté dans la guerre, contre les Huns, que mène l’Empereur Charlemagne contre la tribu hunnique des « Avares ». L’évêque meurt durant cette épopée en 791, dans un endroit que nul n’arrive à situer, nommé Asnaghum, toujours traduit à l’époque par Chunisberg. Voilà ce qui nous éclaire un peu plus sur les origines de l’appellation de la Ferme de Koenigsberg. En effet la racine asn en latin traduit montagne ou même pont (pontifex) a = ärum, lieu, et le suffixe ghum ou gham, ne peut qu’être la dénomination hunnique du terme chef ou roi. Gham au génitif pourrait bien être proche de Kames ou Khan, le chef ou le roi.
L’appellation populaire de la ferme par Kinsbuerg, dans notre dialecte local, serait-il, finalement la fidèle dénomination: la Montagne Royale, Koenigsberg, voir plus "Site royal" ? Généralement, la sagesse populaire ne varie pas, puisqu'elle l'a toujours nommé kinsbuerg!

La Ferme de Königsberg fut-elle toujours un bien ecclésiastique ?

Probablement. Elle apparaît avant 894, à l’époque carolingienne, comme un bien d'église, sous l’appellation de Conemonte ou Asnaga Bierch.
Les tragiques invasions hunniques, laissèrent la Ferme de Koenigsberg dans un véritable chaos. Isolée, loin de tout, désertée et en ruine elle resta en friche durant ces longues années de guerre. Le temps avait également fait son œuvre : l’oubli. Quel était le propriétaire ecclésiaste de ce domaine ?
Le territoire Carolingien avait traversé une période terrible d’invasions barbares ravageant la région. Au cours de ces périodes d’incertitudes, le paganisme druidique reprit. En fait, celui-ci ne s’était jamais totalement éteint au fond des campagnes. A cet effet, le Pape Innocent II délégua Saint-Bernard de Clervaux sermonner le clergé rhénan pour son laxisme face aux anciennes pratiques païennes : vénération des arbres, des roches et des eaux. Son délégué devait également prêcher la croisade aux allemands. Il passe donc dans la région en 1147. Au cours de son passage à Rettel, il accomplit un miracle dans l’église paroissiale, en rendant la vue à une femme. En-autre mission, il se devait de réaliser la réconciliation des Hauhenstaufen avec l’Empereur. Pourquoi cette station de ce délégué apostolique exceptionnel à Rettel?
Selon le Chanoine Dicop, dans un article publié dans les Cahiers Lorrains, Koenigsberg aurait été en ces temps la propriété de l’Abbaye cistercienne de Châtillon en Woëvre près de Verdun. Saint-Bernard grand fondateur et créateur d’abbayes cisterciennes dans la région : Orval, actuellement en Belgique, Freistroff près de Bouzonville, Villers-Brettnach du diocèse de Trèves et celle de Clairlieu dans l’Évêché de Toul et encore celle de la Chalade et de Châtillon dans l’Évêché de Verdun. L'auteur de cet article émet l’hypothèse que Saint-Bernard, à la recherche de biens disponibles, d’églises notamment, destinait cette ferme à un projet, en gestation, à la création d’une nouvelle abbaye cistercienne dans la région, à Bruch, par exemple, près de Rettel. Ce sera à Marienfloss sur le ruisseau de Montenach près de Sierck.

L’histoire ecclésiastique et civile de Verdun révèle en effet de nombreuses donations faites par l’Archevêché de Trèves en faveur de l’abbaye cistercienne de Châtillon, parmi lesquelles probablement les terres de Koenigsberg restées longtemps en jachère durant ces longues périodes d’insécurité. L’abbaye de Châtillon, bien loin de Rettel, démunie des moyens nécessaires à son exploitation s'en été défait depuis au profit de la famille des Ducs de Lorraine, comme cela était la règle dans le Saint-Empire.

Un lieu hautement stratégique

En 1705 au cours de la Guerre de la Succession d’Espagne l’Altenberg fut le théâtre d’une opération militaire particulière par l’absence même toute lutte.
Le Maréchal de Villars, chef de guerre, installe son état-major à la Ferme de Koenigsberg et son armée occupe les terres avoisinantes de Fréching, Kerling et le reste du plateau de l’Altenberg. Il devrait s’opposer au Duc de Marlborough, installé au Château de Mensberg (aujourd’hui nommé Malbrouck) à Manderen sur la rive droite du Ruisseau de Montenach ses troupes occupant le plateau du Hammelsberg au-dessus du village d’Apach et de Belmach près de Perl.
Dans l’ouvrage de Ferdinand Tessier intitulé Histoire de Thionville de 1832, un paragraphe du chapitre est consacré à cet événement d’une vingtaine de jours. Le Maréchal de Villars souligne dans ses mémoires l’importance stratégique de la colline sierckoise :

« Le camp de Künsberg, vulgairement connu sous le nom de Sierck, doit à jamais être célèbre dans l’histoire de la castramétation ; il donne la plus haute idée du coup d’œil stratégique d’un guerrier qui jusque- là, s’était plutôt signalé par sa valeur téméraire dans les combats. Un fait mérite d’être cité, c’est que Villars, convaincu de la force naturelle de son camp ne voulut pas le recouvrir de retranchements. Les retranchements inquiètent les français”; aussi ne trouve-t- on sur l’étendue occupée par l’armée française, nulle trace de ligne continue, mais seulement de redoutes aux extrémités pour y placer des postes avances sur les points où sans cette précaution on risque d’être surpris. »


Une petite sortie sur ces hauteurs fera prendre conscience au promeneur de la vaste visibilité sur l’ensemble de la région. Au nord de l’Altenberg surplombe la Vallée étroite de la Moselle et l’on découvre Sierck, Contz les Bains, le Stromberg et le couloir mosellan jusqu’à Remich. Le village de Rettel reste invisible, caché au fond de la Vallée. Situés sur la rive gauche de la Moselle, Haute-Kontz, Berg et surtout Rodemack et sa citadelle restent à découvert. Aussi Villars investit les rives de la Moselle à Rettel. Un large panorama s’offre à l’ouest sur le Luxembourg. Enfin à l’est la Vallée de Montenach, Manderen et le plateau du Hammelsberg, là, où étaient cantonnées les troupes du Duc de Marlborough sont observables. C’est donc un lieu, hautement stratégique. Le grand stratège de Villars ne s’était donc pas installé à Koenigsberg par hasard, sachant que cette ferme se situe à l’extrémité sud de la colline de l’Altenberg, exposée au soleil de midi, à l’abri du vent du nord et des regards ennemis.

Le blog de Fransl

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    Le quartzite à Sierck

La part du massif du  Taunus au Val de Sierck

Notes de bas de page

  • (1) Selon un ouvrage édité par l'Université de Heidelberg. Ces modifications sont reprises dans divers ouvrages, notamment dans celui intitulé «Althochdeusch–Wörter und Name, Forgunsberichte» de l’Université d’Heidelberg et établi par Rudolf Schützeichel, Rolf Bergmann, Heinrich Tiefenbach - ‎1987. 124 Asinaca 9. Jahrhundert Asnaga, soit Königsberg, Gemeinde Sierck (Moselle).
  • (2) Histoire ecclésiastique de la Province de Trêves et Histoire de Lorraine d’Augustin Calmet : Cet endroit inconnu est aussi appelé Asnaghum ou Asnaorug, Chunisberg : ce qui parait signifier montagne ou pont des Huns.
  • (3) De passage après la Seconde Guerre mondiale, Winston Churchill, descendant du Duc de Marlborough fut reçu par la municipalité de Thionville. Celle-ci croyant bien faire, proposa au prestigieux personnage la visite des ruines du château de Marlborough. L’illustre lord anglais, refusa fraîchement. Les hôtes du gentleman, naïfs enfants de la Révolution, dans l’élan de leur cœur, n’avaient pas idée des usages. On ne fait pas visiter à une famille aristocratique les lieux de sa défaite, même si elle fut pleine de panache – Voir Thionville et sa Rivière, la Moselle, G.Sriller et G. Ancel, Études Historiques.
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