Gandren et la vallée de la Gander
Le Ruisseau de la Gander
Le ruisseau de la Ganer ou Gander prend sa source dans le bois de Zouftgen en France à la limite de la frontière avec le Grand-Duché pour y entrer à Hellingen. Après un périple de 24 kms, il se jette dans la Moselle en Lorraine au pied de Haute-Kontz dans une parcelle du territoire de la Commune de Rettel nommé Wiet. Ce mot assez courant dans le monde germanique s'y retrouve encore sour la forme de « Wied », (Uida en vieil allemand) qui signifie terres fortement humides souvent confondue avec Weide ou même Wies.
Historiquement ce cours d'eau fut exclusivement luxembourgeois, avant 1659, date de la partition du Luxembourg, hormis son parcours sur le territoire de Haute-Kontz. Lors d'un "accord" entre l'impératrice d'Autriche et le Roi de France (Louis XV) en 1750, Gandren fut rattaché au Duché de Lorraine avec Beyren. Ainsi la Gander coule en France sur une petite longueur, toutefois la plus abrupte et torrentielle.
Depuis cet accord, le ruisseau marque les frontières entre les deux états concernés. À présent il entre sur le territoire français au-dessus du moulin de Donnemühl (Luxembourg), traverse le village de Gandren, auquel il laisse son nom. Dès le moulin de Laymühle son cours devient très rapide, sur un parcours final de douze kilomètres. En effet ce "torrent" fit mouvoir quatorze usines dont huit dans le Grand- Duché et sur le territoire lorrain.
Le Ruisseau de la Gander (Ganer) comparé au Ruisseau de Montenach
Le Ruisseau de la Gander présente un dénivellement de 87 mètres environ sur 11 kilomètres de longueur (à vol d’oiseau) entre Aspelt (Luxembourg) et Rettel, c’est-à-dire une moyenne de 7,6 mètres par kilomètre.
Gandren et Haute-Kontz
Le village de Contz-les-Bains, rattaché jadis spirituellement à Haute-Kontz, existe au moins depuis le 12ième siècle sous le nom de Cand. Aucune étymologie attestée ou valable ne nous permet pas de lui attribuer une origine proche de « condate », signifiant confluence. Cependant l'appellation Cand ne devait vraisemblablement pas encore avoir été germanisée, n’apparaissant pas dans les annuaires de l’Archevêché de Trèves sous cette forme. Cela se comprend, le hameau dépendait de la Paroisse de Haute- Kontz, Uewerkonz (Ober Contz).(1)
La Gander traverse au Nord-Est un vaste plateau nommée la Heide - d’Heed signifiant « païen ».
Le rattachement de Gandren au Duché de Lorraine
Au 18ième siècle, l’Autriche retrouvait sa souveraineté sur les Pays-Bas qui comprenaient toujours le Luxembourg devenu Duché. Pour parachever les limites prévues entre le Duché de Lorraine et le Luxembourg datant du Traité des Pyrénées de 1659, Louis XV trouva un accord avec l’Impératrice Marie-Thérèse d’Autriche. Il s’agissait de remodeler la frontière entre la France et le Luxembourg et de la rendre cohérente en supprimant quelques enclaves de part et d’autre, qui rappelons-le furent toutes luxembourgeoises dans le passé.
Les souverains décidèrent de donner à la France les villages de Beyren et de Gandren contre un retour au Luxembourg des territoires de la rive gauche du ruisseau de Frisange après Alspelt jusqu’à Gandren inclus. Le Ruisseau cité dans le traité précise que la Gander fera désormais office de frontière dès sa sortie du territoire de Frisange au Luxembourg, jusqu’à son entrée dans celui de Gandren-Beyren. Ainsi le village de Gandren devenait Lorrain. Les villages de Gandren et de Beyren devenaient Français en 1769 et la Gander allait créer la frontière au milieu des villages d’Altwies, du Castel et de Mondorf (les-Bains). Ainsi la part du village devenue lorrain conserva son appellation d'origine Mondorff. Depuis 1812 Beyren-lès-Sierck et Gandren ne forment qu’une seule commune.
Note à propos du nom de Gandren
Les localités nommées Gandren ou Ganderen soumises à toutes les déclinaisons telle que „Genderen“ etc... sont courantes dans les pays de langue bas-francique comme aux Pays-Bas. Ces villages sont situés non loin ou en bordure d’un bras d’un cours d’eau qui se jette dans celui d’un courant fort. Voir à ce propos G. van Berkel & K.Samplonius (2018), Nederlandse plaatsnamen, (Les noms en platt expliqués) à propos de l’origine de Cand.
Le Village de Genderen non loin des rives de la Meuse (Maas) présente somme toute des caractéristiques analogues de beaucoup d’autres localités aux appellations proches de Gandren. Selon les commentaires des auteurs, qui citent d’ailleurs notre Gandren en Moselle, Gandren pourrait signifier le village de la Gander par son suffixe "eren" soit "ara". Quant à Gand il prendrait alors le sens de gand, c’est-à-dire de gorge cette fois-ci. Au cours des millénaires, l’impétueux ruisseau a creusé une vallée profonde et abrupte à partir de Gandren. Ceci explique peut-être le changement de son appellation d’Altbach après Mondorf-les-Bains en Ganer ou Gander ? Cela ne nous étonnera pas, le radical gant de nom du personnage de Gargantua de Rabelais, signifie Gorges, sous-entendu dragon.


