Quelle belle langue que le Français !
Dans une petite auberge de la Vallée de mon enfance lors d’un repas convivial entre anciens écoliers et écolières de la classe 1944, une des nôtre, devenue institutrice, et pour cause, nous confia que fillette elle attendait fébrilement l’heure de se coucher afin de reprendre la lecture, sous les draps à la lueur d’une torche électrique, d’un petit livre en Français qu’elle trouva un jour dans le fatras du grenier de sa maison. Ce n’est pas tant l’histoire d’un amour courtois qui l’encourageait à poursuivre secrètement sa lecture, nous confie-t-elle, mais plutôt d’assouvir son vif désir d’acquérir le mieux possible la langue française. En nous livrant son petit secret, son visage s’illuminait et les modulations de sa voix traduisaient son émotion. Nous écoutions Georgette silencieusement.
C’est alors que je me rendis compte qu’après toutes ces années qui nous séparaient de notre enfance, nous nous connaissions si peu. Il est vrai qu’en ces années scolaires d’après guerre, garçons et filles restaient séparés à l’école au catéchisme et à l’église et d’une façon générale le contact physique entre garçons et filles n’existait pas.
En écoutant l’anecdote de notre ancienne camarade, j’étais plongé dans la mémoire de mes premières années d’une douce enfance. À mon tour, je me revoyait lire à haute voix un article d’un hebdomadaire publié en allemand littéraire: la « Gazette Agricole de la Moselle » que mon oncle abandonnait avec ses lunettes chaque soir sur la table du séjour avant de regagner sa chambre. Je me revoie encore ânonner les légendes d’un lexique français-anglais, abandonné certainement par un soldat américain lors des combats de la libération de notre village en Décembre 1944, probablement. Qui n’avait jamais, dans son adolescence, entrepris avec ou sans succès l’apprentissage de l’anglais ou de l’américain. Certes c’était le cas de Georgette, quand elle fit bien légitimement le choix du Français. Cependant sa volonté de maitriser la langue de Voltaire répondait chez elle à une volonté de perdre son profil dialectal… germanophone et se fondre dans l’uniformité culturelle.
Je réalisais méconnaître ma camarade d’enfance et je devinais que nous étions divisés sur une question qui révélait finalement être identitaire au prix de ce que je considérais comme un déni culturel.
La conversation à table ayant changé de sujet, je constatais en effet que nos rapports étaient également partagés avec les autres, entre ceux qui parlaient le dialecte entre eux et d’autres préférant s’affirmer en français. Pour la petite histoire, ces derniers, avaient recours à leur dialecte pour s’entretenir avec le troisième âge, les considérant atteints d’un « handicap linguistique » comme on peut être frappé d’« illectronisme » à notre époque.
C’est alors que je me rendis compte qu’après toutes ces années qui nous séparaient de notre enfance, nous nous connaissions si peu. Il est vrai qu’en ces années scolaires d’après guerre, garçons et filles restaient séparés à l’école au catéchisme et à l’église et d’une façon générale le contact physique entre garçons et filles n’existait pas.
En écoutant l’anecdote de notre ancienne camarade, j’étais plongé dans la mémoire de mes premières années d’une douce enfance. À mon tour, je me revoyait lire à haute voix un article d’un hebdomadaire publié en allemand littéraire: la « Gazette Agricole de la Moselle » que mon oncle abandonnait avec ses lunettes chaque soir sur la table du séjour avant de regagner sa chambre. Je me revoie encore ânonner les légendes d’un lexique français-anglais, abandonné certainement par un soldat américain lors des combats de la libération de notre village en Décembre 1944, probablement. Qui n’avait jamais, dans son adolescence, entrepris avec ou sans succès l’apprentissage de l’anglais ou de l’américain. Certes c’était le cas de Georgette, quand elle fit bien légitimement le choix du Français. Cependant sa volonté de maitriser la langue de Voltaire répondait chez elle à une volonté de perdre son profil dialectal… germanophone et se fondre dans l’uniformité culturelle.
Je réalisais méconnaître ma camarade d’enfance et je devinais que nous étions divisés sur une question qui révélait finalement être identitaire au prix de ce que je considérais comme un déni culturel.
La conversation à table ayant changé de sujet, je constatais en effet que nos rapports étaient également partagés avec les autres, entre ceux qui parlaient le dialecte entre eux et d’autres préférant s’affirmer en français. Pour la petite histoire, ces derniers, avaient recours à leur dialecte pour s’entretenir avec le troisième âge, les considérant atteints d’un « handicap linguistique » comme on peut être frappé d’« illectronisme » à notre époque.